INTRODUCTION
LA CRISE DE LA COMMERCIALISATION DU CACAO ET L’ÉMERGENCE DE LA CACAOLOGIE COMME RÉPONSE STRATÉGIQUE
La filière cacao ivoirienne, pilier de l’économie nationale et source de subsistance de millions de ménages ruraux, traverse une crise majeure marquée par un blocage de la commercialisation, des tensions entre acteurs et une fragilisation du revenu paysan.
Cette crise nous emmène à nous poser une question : Quels mécanismes de stabilisation face à la volatilité des prix internationaux ?
Face aux difficultés persistantes de la commercialisation du cacao liée à la volatilité des prix internationaux et aux déséquilibres structurels de la filière, nous avons animé cette conférence de presse afin :
•d’analyser objectivement la situation actuelle,
•de poser un diagnostic scientifique et stratégique,
•et de proposer des solutions durables pour gérer cette crise et anticiper d’éventuelles crises à l’avenir.
- Analyse de la situation actuelle de la filière cacao
Notre analyse met en évidence plusieurs constats majeurs :
•une forte dépendance aux marchés internationaux des matières premières ;
•une volatilité structurelle des prix ;
•des blocages récurrents de la commercialisation en période de surproduction ;
•une faible transformation locale du cacao ;
•une vulnérabilité persistante des producteurs ;
•des pressions climatiques et environnementales croissantes.
Nous sommes donc face à une crise de gouvernance du système cacao, et non à une simple difficulté passagère. - La crise de la commercialisation du cacao : un phénomène récurrent
La crise actuelle de la commercialisation du cacao n’est pas une première dans l’histoire de cette industrie. Depuis plus d’un siècle, la filière cacao est marquée par des cycles de déséquilibres récurrents : surproduction, effondrement des prix, spéculation excessive, asymétrie d’informations entre producteurs et acheteurs, et dépendance structurelle aux marchés internationaux.
Ces crises successives révèlent une vulnérabilité chronique du modèle de commercialisation du cacao, fondé principalement sur l’exportation de matière première brute, avec une faible maîtrise locale de la chaîne de valeur et des mécanismes de formation des prix. - Une crise systémique dans une industrie stratégique : enseignements du vin et de l’agronomie
La crise du cacao doit être comprise comme une crise systémique touchant une industrie stratégique pour de nombreux pays producteurs. Des situations comparables ont été observées dans d’autres filières agricoles majeures, notamment le vin et l’agronomie moderne.
Dans le cas du vin, la structuration scientifique (oenologie, viticulture de précision, appellations contrôlées) a permis de transformer une agriculture vulnérable en une industrie organisée, qualitative et résiliente.
De même, l’agronomie a émergé comme réponse scientifique aux crises alimentaires, climatiques et productives, en apportant des outils de planification, de prévision et de gouvernance.
Dans ces deux cas, la science a constitué la réponse stratégique pour dépasser les crises conjoncturelles et refonder durablement la filière. Le cacao se trouve aujourd’hui à un point de bascule comparable, à un tournant historique. - La cacaologie : une nécessité face aux défis structurels du cacao
« Aucune grande industrie stratégique ne peut rester durablement stable sans une science pour la penser, la structurer et la gouverner »
Par exemple, il fut un temps où le vin existait partout, mais où l’oenologie n’existait nulle part.
C’est lorsque cette science s’est structurée, notamment en Afrique du Sud, que des industries viticoles fragmentées ont pu se consolider, monter en gamme et affronter des défis complexes
4.1.
Exemples de sciences pour penser, structurer, gouverner une industrie
Le vin → OEnologie
❖
AVANT (avant 1700)
Production empirique, savoirs locaux dispersés
Qualité instable, pertes fréquentes
Fraudes et crises sanitaires
Faible gouvernance collective
4
❖
Apports scientifiques
1760–1780 : chimie des fermentations (Lavoisier)
1860–1870 : microbiologie du vin (Louis Pasteur)
1880–1900 : écoles d’oenologie
1935 : Appellations d’Origine Contrôlée (France)
1960–1980 : oenologie moderne (Afrique du Sud, Nouveau Monde)
❖Résultats
Industrie mondiale structurée
Montée en gamme et stabilité qualitative
Gouvernance collective des terroirs
Soft power culturel durable
L’agriculture → Agronomie
❖Avant (avant 1840)
Agriculture traditionnelle fragmentée
Rendements imprévisibles
Famines récurrentes
Absence de politiques agricoles cohérentes
❖Apports scientifiques
1840 : nutrition minérale des plantes
1880–1910 : stations agronomiques nationales
NB : Aujourd’hui, le cacao est à ce même tournant historique.
5.
La cacaologie, un appel à une approche nouvelle fondée sur la science et la souveraineté
La cacaologie ou théobromalogie est définie comme une discipline transversale intégrant l’agronomie du cacao, l’économie de la filière, la transformation, les marchés, la durabilité, la régulation et la consommation.
Face aux défis structurels du secteur, volatilité extrême des prix, changement climatique, vieillissement des vergers, exigences environnementales, dépendance aux marchés financiers, la cacaologie apparaît non plus comme une option, mais comme une nécessité stratégique.
5
Elle permet de passer d’une gestion réactive des crises à une approche proactive, fondée sur l’anticipation, la donnée scientifique et la souveraineté décisionnelle.
5.1.
Concevoir la Cacaologie : Immersion Stratégique, fondements et naissance
•
Immersion en Afrique du sud pour s’inspirer de l’oenologie
➢
La découverte que le cacao est une ressource multidimensionnelle :
l’Escalier N’Da Cacao
Notre approche repose sur un modèle fondateur : l’Escalier N’Da Cacao, qui identifie 12 dimensions interdépendantes du système cacao :
Dimension 1. Agricole
Dimension 2. Botanique et biologique
Dimension 3. Ingrédient et transformation
Dimension 4. Nutritionnelle et santé
Dimension 5. Educative
Dimension 6. Culturelle
Dimension 7. Touristique et patrimoniale
Dimension 8. Économique
Dimension 9. Technologique
Dimension 10. Environnementale
Dimension11. Diplomatique et politique
Dimension 12. Sociale
Toute crise de la filière est analysée comme le résultat d’un déséquilibre entre ces dimensions.
La stabilisation de la filière ne peut plus reposer uniquement sur le prix, mais sur la maîtrise globale du système cacao.
5.2.
Ce que représente la cacaologie pour les acteurs de la filière
❖Pour le producteur : un outil de professionnalisation
La cacaologie transforme le producteur en cacaologue-exploitant, c’est-à-dire un acteur maîtrisant non seulement la production, mais aussi les dimensions économiques, qualitatives et environnementales de son activité.
Elle favorise la prise de décision éclairée, l’optimisation des rendements durables, la valorisation de la qualité et une meilleure négociation sur les marchés.
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❖Pour l’acheteur : un outil de prévision et de sécurisation des approvisionnements
Pour les acheteurs, la cacaologie offre des outils d’analyse permettant d’anticiper les risques (climatiques, productifs, géopolitiques) et de sécuriser les volumes et la qualité des approvisionnements dans un contexte de forte incertitude.
❖Pour les organes de régulation : un outil de gouvernance scientifique et souveraine
La cacaologie constitue un levier de gouvernance basée sur la science, permettant aux organes de régulation d’élaborer des politiques fondées sur des données objectives, tout en renforçant la souveraineté des pays producteurs sur leur filière stratégique.
❖
Pour les multinationales : un outil de conformité
Pour les multinationales du cacao et du chocolat, la cacaologie facilite la conformité aux normes environnementales, sociales et de traçabilité, tout en sécurisant leurs chaînes d’approvisionnement face aux exigences croissantes des marchés et des régulateurs.
❖
Pour les organisations internationales : un outil de stabilisation de la filière
Les organisations internationales peuvent s’appuyer sur la cacaologie pour concevoir des mécanismes de stabilisation des revenus, de réduction de la pauvreté rurale et de résilience face aux chocs globaux.
❖
Pour l’État : un levier de souveraineté et de développement multisectoriel
Pour les États producteurs, la cacaologie est un instrument de souveraineté économique, permettant de mieux contrôler la filière, d’encourager la transformation locale, et de générer des effets d’entraînement sur d’autres secteurs : industrie, recherche, formation, emploi et innovation.
❖Pour les consommateurs : un outil d’information et de consommation responsable
Enfin, pour les consommateurs, la cacaologie joue un rôle d’information et de transparence, favorisant une consommation plus responsable, consciente des enjeux sociaux, environnementaux et économiques liés au cacao.
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En résumé, la cacaologie : Un langage commun pour des analyses, les même indicateurs, une compréhension globale du cacao.
6.
Nos propositions à cout, moyen et long terme
Axe 1 : Mesures immédiates (0–6 mois) : sortir du blocage
Objectif : rétablir la liquidité et débloquer la commercialisation
❖
Deux (02) possibilités
1.
Ajustement conjoncturel automatique de la fiscalité cacao
Déclenché lorsque le prix mondial passe sous le coût réel d’exportation.
Basé sur des seuils connus, transparents et préétablis.
Permet de :
•Maintenir le prix bord champ,
•Relancer les exportations,
•Réduire le coût social de la crise.
2.
Utilisation ciblée et conditionnée du Fonds de Réserve du CCC
Condition : maintien du prix producteur et transparence des volumes.
3.
Dispositions pratiques sur le terrain
Inventaire physique national des stocks
Chez producteurs, coopératives, exportateurs et ports.
4.
Renforcement immédiat de la gouvernance et de la traçabilité
Lutte contre les flux informels et les entrées sans connaissement.
Axe 2 : Réformes structurelles (6–24 mois) : stabiliser durablement
1.
Les possibilités sont les suivantes
a) Prix bord champ à bande flexible
Remplacement du prix rigide par un prix de référence encadré.
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Exemple indicatif :
•Prix cible : 2 800 FCFA/kg
•Bande de fluctuation : ±15 à 20 %
Avantages :
•absorption progressive des chocs,
•prévisibilité du revenu paysan,
•soutenabilité économique de la filière.
b) Fiscalité cacao anticrise
Mise en place d’une fiscalité variable indexée sur le prix mondial :
•prix élevés → contribution accrue,
•prix bas → allègement automatique.
La fiscalité devient un outil de stabilisation, et non de fragilisation.
c) Renforcement de la couverture sur les marchés à terme
Couverture accrue des volumes via :
•contrats à terme,
•Options de vente garantissant un prix plancher.
d) Professionnalisation des producteurs : Du statut de cacaoculteurs
à celui de cacaologues exploitants
Objectifs : Durabilité humaine
Les rendre moins vulnérables aux chocs et attractivité et compétitivité pour le métier
- Métier reconnu Statut
-Protection sociale accès aux crédits
-Formation nationale en cacaologie :
Axe 3 : Vision stratégique (2–10 ans) : reconstruire la filière
- Création d’un Fonds Souverain Cacao inspiré des fonds souverains pétroliers (Norvège, arabie saoudite, émirats)
Alimenté en période de prix élevés, mobilisé exclusivement en période de crise.
9 - Accélération de la transformation locale
Réduction de la dépendance aux exportations de fèves brutes.
Création de valeur ajoutée nationale. ; Projets clés en main d’unités cacaologiques conçus par INICA : Transformation du cacao en produits semis finis et finis : Savons , pommade, baume de massage, boisson rafraichissante, compléments alimentaires.
Axe 4 : Mise en oeuvre institutionnelle des solutions proposées
1.
Création d’un Observatoire de la Cacaologie au Conseil du Café-Cacao
Nous proposons la création d’un Observatoire de la Cacaologie au sein du Conseil du Café-Cacao (CCC).
Cet Observatoire aura pour rôle :
•d’assurer une veille permanente des marchés ;
•de détecter en amont les risques de blocage de la commercialisation ;
•d’analyser les déséquilibres structurels de la filière ;
•d’appuyer directement les décisions stratégiques du CCC.
Il s’agira du cerveau stratégique opérationnel de la filière cacao.
2.Création de l’Institut National de la Cacaologie, rattaché à la Présidence de la République
Nous proposons également la création de l’Institut National de la Cacaologie (INC), rattaché à la Présidence de la République, afin de reconnaître le cacao comme enjeu stratégique de souveraineté nationale.
Les missions de cet Institut seront :
•la recherche scientifique et prospective sur le cacao ;
•l’élaboration des méthodes et modèles de la cacaologie ;
•la formation de cadres et d’experts de haut niveau ;
•l’appui stratégique à l’État ;
•le rayonnement international et la diplomatie scientifique du cacao.
L’Institut portera la vision de long terme et la souveraineté intellectuelle de notre pays sur le cacao.
10)Articulation institutionnelle proposée
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE
↓
Institut National de la Cacaologie
↓ (recherche, méthodes, stratégie)
Observatoire de la Cacaologie (CCC)
↓ (alertes, scénarios)
Conseil du Café-Cacao
↓
Acteurs de la filière cacao
3.
Le cacao comme levier de développement multisectoriel
À travers la cacaologie, nous affirmons que le cacao peut devenir un levier de développement qui dépasse l’agriculture et irrigue :
•la santé et la nutrition,
•l’éducation et l’enseignement supérieur,
•la culture et le tourisme,
•l’industrie et l’innovation,
•l’économie et la diplomatie,
•la souveraineté nationale.
4.Risques majeurs de l’inaction
En l’absence de réforme, nous alertons sur :
•un blocage durable des exportations,
•l’essor des circuits informels,
•la dégradation du revenu paysan,
•la perte de crédibilité du système de régulation,
•une exposition accrue aux crises futures.
11)CONCLUSION
TRANSFORMER UNE CRISE EN UNE OPPORTUNITE : LA CACAOLOGIE AU SERVICE D’UNE GRANDE CÔTE D’IVOIRE
La cacaologie incarne la vision d’une Grande Côte d’Ivoire : une nation qui transforme sa première richesse agricole en savoir, innovation, industrie et souveraineté.
À travers la cacaologie, le cacao ne se limite plus à l’exportation de matières premières ; il devient un levier stratégique de développement national, au service de la santé, de l’éducation, de la recherche, de la culture, de l’industrie, de l’environnement et de la diplomatie.
La cacaologie permet à la Côte d’Ivoire de maîtriser toute la chaîne de valeur du cacao, de créer des emplois qualifiés, de renforcer son rayonnement international et d’affirmer sa souveraineté économique et scientifique.
Avec la cacaologie, la Côte d’Ivoire ne produit pas seulement le cacao du monde : elle en produit désormais la science, la valeur et l’avenir.
N’DA Cacao,
Chercheur et Inventeur de la Cacaologie, la science du Cacao ;
Auteur, Concepteur du pagne du Cacao et de l’hymne du cacao.
Président de l’Association Africaine pour la Valorisation des Produits Agricoles
Directeur INICA, la Première structure scientifique et pédagogique de l’industrie du cacao
12)A PROPOS DE INICA : INSTITUT INTERNATIONAL DE LA CACAOLOGIE
Rôle et mission de l’INICA Institut International de la Cacaologie (INICA) - Rôle général de l’INICA
En tant que première structure scientifique et pédagogique dédiée à la cacaologie, l’INICA a pour rôle central de fonder, structurer et diffuser la cacaologie comme discipline scientifique, technique et stratégique, au service de la transformation durable et souveraine de la filière cacao mondiale.
L’INICA se positionne comme :
•une autorité scientifique de référence sur le cacao,
•un centre de production de savoirs stratégiques,
•un outil de formation et de professionnalisation des acteurs,
•et un levier de gouvernance et de stabilisation de la filière cacao. - Mission scientifique : fonder et développer la cacaologie
La mission scientifique de l’INICA consiste à :
•Définir les fondements théoriques, méthodologiques et épistémologiques de la cacaologie ;
•Produire des recherches interdisciplinaires intégrant agronomie, économie, climat, transformation, marchés, régulation et consommation ;
•Développer des outils d’analyse et de prévision face aux défis structurels de la filière (volatilité des prix, changement climatique, durabilité) ;
•Constituer des bases de données, indicateurs et modèles propres au cacao, au service de la souveraineté scientifique des pays producteurs. - Mission pédagogique : former les cacaologues de demain
L’INICA a pour mission pédagogique de :
•Concevoir et dispenser des programmes de formation en cacaologie (initiale, continue et professionnelle) ;
•Former une nouvelle génération de cacaologues exploitants, analystes, régulateurs et décideurs ;
•Certifier les compétences et les parcours professionnels liés aux métiers de la cacaologie ;
•Diffuser la culture scientifique du cacao auprès des producteurs, des institutions et du grand public.
13 - Mission stratégique : accompagner la transformation de la filière cacao
L’INICA agit comme un outil stratégique d’accompagnement des acteurs de la filière, en :
•Appuyant les États dans la définition de politiques publiques fondées sur la science ;
•Conseillant les organes de régulation et les interprofessions ;
•Accompagnant les entreprises et multinationales dans leurs stratégies de conformité, de durabilité et de sécurisation des approvisionnements ;
•Contribuant à la stabilisation des marchés par l’anticipation et la production d’intelligence économique cacao. - Mission de gouvernance et de souveraineté
L’INICA participe à la construction d’une gouvernance du cacao basée sur la connaissance, en :
•Renforçant la capacité des pays producteurs à maîtriser les données, les normes et les narratifs de la filière ;
•Promouvant une souveraineté scientifique et informationnelle sur le cacao ;
•Facilitant le dialogue entre producteurs, États, industriels, organisations internationales et consommateurs. - Mission sociétale et environnementale
L’INICA oeuvre pour une filière cacao :
•Économiquement viable pour les producteurs,
•Socialement équitable,
•Environnementalement durable,
•Et culturellement valorisée.
À ce titre, il intègre les enjeux climatiques, sociaux et éthiques au coeur de la cacaologie et contribue à une consommation plus responsable et informée.
Formulation synthétique (institutionnelle)
« L’INICA a pour mission de fonder, structurer et diffuser la cacaologie comme discipline scientifique et pédagogique, afin de transformer durablement la filière cacao, renforcer la souveraineté des acteurs, stabiliser les marchés et promouvoir un développement équitable, durable et fondé sur la science. »

